• Recherche

Des formes hexagonales du silicium prometteuses pour des applications en optoélectroniques

Des scientifiques du SRM Institute of Science and Technology (Inde), de l'IIT Mandi et de l’Institut de minéralogie, de physique des matériaux de de cosmochimie de Sorbonne Université (France) ont fait une découverte frappante qui pourrait modifier notre conception du silicium, le matériau de base de l'électronique moderne.

Une découverte frappante

Dans une nouvelle étude publiée dans Advanced Functional Materials, l'équipe de recherche internationale a trouvé des preuves évidentes de la formation de formes hexagonales rares de silicium - connues sous le nom de polytypes 2H, 4H et 6H - sous l'effet d'une contrainte mécanique et d'un traitement thermique contrôlés. Cette étude montre comment des stimuli mécaniques et thermiques ciblés peuvent débloquer des transformations de phase complexes dans des matériaux élémentaires comme le silicium. La clarté de l'identification des polytypes et leur reproductibilité en font une contribution précieuse au paysage mondial de la recherche sur les semi-conducteurs.

Ce n'est pas la première fois que l'on observe du silicium hexagonal. Mais ce qui distingue cette étude, c'est la clarté, la reproductibilité et l'échelle à laquelle ces structures hexagonales ont été créées et identifiées. En utilisant une méthode de nanoindentation suivie d'un recuit sous vide, l'équipe a converti du silicium cubique diamanté commun (dc-Si) en domaines cristallins de diamant hexagonal (hd-Si), révélant des modèles d'empilement qui reflètent ceux trouvés dans le carbure de silicium, un matériau déjà bien connu dans l'électronique de haute puissance.

De la pression à la précision

Les chercheurs ont appliqué un nanoindenteur à pointe de diamant pour générer une pression élevée dans de minuscules régions de tranches de silicium (~5 µm). À ces pressions, le silicium passe à une phase métallique connue sous le nom de silicium β-étain (phase β-Sn) et, lorsqu'il est déchargé, il se stabilise généralement dans des formes métastables telles que les phases BC8 et R8. Cependant, lorsque ces régions déformées ont été recuites à des températures spécifiques (250°C à 750°C), l'équipe a observé une transformation en hd-Si, avec des preuves évidentes de polytypes 2H, 4H et même 6H en mosaïque couvrant la surface du dc-Si.

Ces observations valident des prédictions théoriques de longue date sur l'évolution structurelle du silicium sous l'effet du stress et de la chaleur. Des travaux antérieurs avaient laissé entrevoir de telles transformations dans des films ultraminces ou dans des environnements exotiques. Les travaux de l'équipe franco-indienne se distinguent par le fait qu'ils réalisent ces transitions dans des tranches de silicium en vrac à l'aide d'un équipement de laboratoire relativement standard.

La beauté de la réversibilité

L'un des aspects les plus intrigants de l'étude est la nature réversible de la transformation. Lors de la réapplication de la pression par le nanoindeur, le silicium hexagonal revient à la phase β-Sn et retourne ensuite au mélange R8/BC8 lorsque la pression est relâchée. Ce chemin de phase en boucle montre le potentiel de contrôle mécanique de la cristallographie du silicium.

Pourquoi c'est important pour des applications

Le silicium hexagonal n'est pas seulement nouveau sur le plan cristallin : il possède des propriétés électroniques très différentes. Contrairement au silicium cubique diamanté, qui présente une bande interdite indirecte limitant son potentiel d'émission de lumière, certains polytypes hexagonaux nanomosaïques pourraient présenter une bande interdite directe ou quasi-directe. Cela ouvre la voie à des applications optoélectroniques telles que les DEL, les diodes laser et les circuits photoniques avancés, tous construits sur du silicium, mais sans ses limitations traditionnelles.

En outre, les caractéristiques mécaniques et thermiques du silicium hexagonal sont différentes. L'étude montre que les phases R8/BC8 sont plus dures que le hd-Si ou le silicium standard, ce qui pourrait être utile pour concevoir des matériaux résistants pour l'espace, la défense et les environnements informatiques soumis à de fortes contraintes.

Figure. Nanostructure en mosaïque de silicium hexagonal de la surface de silicium monocristallin indentée à haute température par microscopie électronique à transmission (1), modélisation de la surface cristalline (2) et arrangement atomique typique de la phase hexagonale (3).

Une voie vers l'innovation évolutive

Alors que le silicium hexagonal a déjà été produit sous forme de nanofils ou de films minces, il s'agit de l'une des premières démonstrations en vrac avec une identification solide de plusieurs polytypes. Ces polytypes présentent de grands domaines orientés avec de faibles densités de défauts - une condition préalable pour une application dans le monde réel.
L'équipe prévoit d'explorer les effets du dopage et de la déformation dans ces domaines hexagonaux, afin d'affiner leur comportement optique et électronique. Si une production à grande échelle est possible, le silicium hexagonal pourrait devenir un matériau clé pour l'électronique de la prochaine génération.

Dans un domaine souvent dominé par des progrès incrémentaux, cette étude apporte une clarté et des possibilités nouvelles. Elle nous rapproche de l'optoélectronique à base de silicium, des matériaux informatiques résilients et des architectures cristallines accordables. Cette découverte ouvre la voie à de futures études sur l'ingénierie de phase et la stabilisation pour des applications de semi-conducteurs avancées.

 


Référence : Hexagonal Silicon Formation and Its Phase Transformability, Megha Sasidharan Nisha, Yadu Chandran, Abhay Abhimanyu Sagade, Viswanath Balakrishnan, Alexandre Courac, Kiran Mangalampalli, Advanced Functional Materials First published: 27 May 2025, https://doi.org/10.1002/adfm.202425188