Girafes : le chromosome Y réécrit leur classification
Pour fêter les 200 ans de l'arrivée en France de Zarafa, la girafe offerte par Méhémet Ali, vice-roi d'Égypte, à Charles X, roi de France, une étude de génomique comparative sur les girafes, menée par une équipe de l'Institut Systématique Evolution Biodiversité (ISYEB) publiée dans Molecular Phylogenetics and Evolution, s’intéresse pour la première fois aux gènes du chromosome Y. Elle permet de reclassifier les girafes en deux espèces et non quatre.
La génomique comparative tranche : la vraie diversité des girafes
La première classification du genre Giraffa proposée au XIXe siècle séparait déjà les girafes dans deux espèces distinctes. Elle a été abandonnée dès le début du XXe siècle suite à la description de plusieurs sous-espèces sur la base de variations du pelage. Aujourd’hui, une étude génomique comparative, publiée dans Molecular Phylogenetics and Evolution, s’est intéressé pour la première fois aux gènes du chromosome Y.
À partir des séquençages génomiques de 123 girafes, de nombreux gènes ont été assemblés dont quatre spécifiques des mâles portés par le chromosome Y. Les résultats révèlent qu’il n’y a pas quatre, mais seulement deux espèces de girafes ayant divergé il y a 326 000 ans, de part et d’autre des montagnes Aberdare et du fleuve Tana au sud du Kenya.
La girafe du Nord, Giraffa camelopardalis, regroupe les populations réparties du Niger jusqu’au Kenya en passant par le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, le nord-est de la République Démocratique du Congo, le Sud Soudan, l’Ouganda et l’Éthiopie. La girafe du Sud, Giraffa giraffa, inclut les populations distribuées du Kenya jusqu’à la Namibie en passant par la Tanzanie, la Zambie, le Mozambique, le Zimbabwe, l’Angola, le Botswana et l’Afrique du Sud.
Il est remarquable de constater que les girafes du Nord et du Sud exhibent des pelages particulièrement contrastés au sud du Kenya, la seule région où ces espèces ont pu se croiser depuis le Pléistocène moyen. Dans cette région, la girafe réticulée (sous-espèce Giraffa camelopardalis reticulata) présente de large taches brunes formant des polygones sur un fin réseau blanchâtre, alors que la girafe Masaï (sous-espèce Giraffa giraffa tippelskirchi) se distingue par ses taches aux contours irréguliers. Ainsi, la sélection sexuelle a pu agir contre les mâles hybrides issus de croisements entre les deux espèces, un processus connu sous le nom de renforcement.
En effet, la différenciation de phénotypes très divergents chez la girafe réticulée et la girafe Masaï est susceptible d’avoir renforcé l’isolement reproductif à l’origine de leur spéciation. Malgré cela, quelques transferts génétiques ont eu lieu entre les deux espèces au cours du Pléistocène, mais uniquement par l’intermédiaire d’hybrides femelles, jamais par l’intermédiaire des hybrides mâles.
Outre son intérêt pour comprendre la systématique et l’évolution des girafes, cette étude a montré que l’analyse des gènes du chromosome Y s’avère cruciale pour mieux appréhender le processus de spéciation et ainsi délimiter les espèces de mammifères de façon fiable et reproductible.
Où se trouvent ces deux espèces de girafes ?
Référence : Hassanin, A., Jullemier, E., Chardonnet, B., & Robinson, T. J. (2026). Species delimitation based on phylogenetic analyses of males: A case study revealing the complex evolutionary history of giraffes. Molecular Phylogenetics and Evolution, 218, 108571. https://doi.org/10.1016/j.ympev.2026.108571