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La découverte de nouvelles espèces de protées révèle un trésor caché sous les montagnes des Balkans

Le protée est une salamandre entièrement aquatique, aveugle et dépigmentée, qui ne vit que dans les eaux souterraines des montagnes calcaires (karst) de Slovénie, de Croatie, de Bosnie-Herzégovine et de l'extrême nord-est de l'Italie. Menée par des chercheurs de l'Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité (Muséum national d'Histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université, EPHE-PSL, Université des Antilles), une étude publiée dans la revue Amphibia-Reptilia révèle que cet animal mythique est en réalité composé de neuf espèces distinctes, dont certaines possèdent une aire de répartition si restreinte qu'elles figurent parmi les vertébrés les plus menacés d'Europe.

Le protée, souvent surnommé « poisson humain » en raison de sa coloration pâle, de son corps svelte et de ses membres délicats, est l'un des animaux cavernicoles les plus emblématiques au monde. Habitant exclusif des rivières et lacs souterrains de l’ouest des Balkans, dont la température dépasse rarement une dizaine de degrés, il fascine les naturalistes depuis plus de 350 ans. Il est également l'amphibien le plus longévif connu, pouvant vivre plus d’un siècle. Pourtant, malgré cette longue tradition scientifique et une forte diversité au sein de ses populations, il était jusqu'à présent considéré comme une seule et unique espèce : Proteus anguinus.

Grâce à une réévaluation complète de l’évolution, de la diversité génétique, des variations morphologiques, de la répartition géographique, de l’enveloppe environnementale, ainsi que de la tumultueuse histoire taxonomique du protée, l'étude conclu que ses populations représentent en réalité neuf espèces distinctes, dont trois nouvellement décrites, ce qui en fait l'une des plus remarquables diversifications d'amphibiens en Europe. De plus, toutes ces espèces sont micro-endémiques et menacées d'extinction ; plusieurs ne vivent que dans un seul système aquifère souterrain et pourraient ainsi disparaître subitement à la moindre perturbation importante, tel qu’un épisode de pollution.

Cette révision taxonomique constitue une étape essentielle pour préserver cette biodiversité jusqu'alors négligée. En distinguant et nommant chaque espèce, elle fournit le cadre nécessaire à des stratégies de conservation adaptées à chacune d’elles. Par ailleurs, l’étude, qui développe les premiers modèles de distributions pour Proteus, suggèrent des habitats favorables dans des régions karstiques encore peu explorées (notamment dans le nord de l'Albanie), qui pourraient ainsi encore receler de nouvelles populations, voire de nouvelles espèces inconnues de la science.


Référence : Dufresnes C, Monod-Broca B, Jelić D, Šunje E, Manenti R, Barzaghi B, Zimić A, Chouchane K, Denoël M, Ohler A, Jablonski D. 2026. Olm Sweet Olm: Unearthing nine species of Proteus hidden beneath the Dinaric Karst. Amphibia–Reptilia. In Press.