Antoine Bierjon et Enora Moisan
Personnels de recherche et bénévoles de l’association Les Sacoches du climat
Nous transmettons aux élèves des clés de compréhension sur les enjeux liés au changement climatique et à la perte de biodiversité.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Enora Moisan : J’ai fait une classe préparatoire BCPST (Biologie, Chimie, Physique, Sciences de la Terre) puis une licence 3 et un master 1 en géologie. J’ai ensuite intégré un master 2 de planétologie. Je suis actuellement en deuxième année de thèse au Laboratoire de Météorologie Dynamique où je travaille sur la modélisation des nuages de méthane sur Titan.
Antoine Bierjon : Je suis passé par une classe préparatoire MPSI (Mathématiques, Physique et Sciences de l'Ingénieur) puis une école d’ingénieur en aéronautique. J’ai effectué mon stage de fin d’études dans le Laboratoire de Météorologie Dynamique où j’ai par la suite été ingénieur de recherche sur le modèle de climat de Mars. Depuis 2023, j’occupe un poste d’ingénieur de recherche à l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL). Je travaille sur le modèle de surface continentale, plus particulièrement sur l’hydrologie et l’utilisation des ressources en eau par des activités humaines.
Comment est née l’association Les Sacoches du climat ?
Les Sacoches du climat est née en complément d’une autre initiative créée il y a une dizaine d’années, connue aujourd’hui comme la Tournée du Climat et de la Biodiversité. Des chercheurs et chercheuses se déplaçaient en train de ville en ville, en transportant une exposition sur le changement climatique. On a constaté que cette médiation scientifique était moins présente en zone rurale, d’où notre souhait d’étendre le parcours à vélo. L’enjeu était de partager les résultats de la recherche, qui est un service public, à des citoyennes et citoyens éloignés de ceux-ci. La première édition des Sacoches du climat a eu lieu en avril 2024, sur 10 jours, dans la vallée de la Loire. Les 8 membres fondateurs et fondatrices ont ensuite été rejoints par 3 nouvelles membres pour l’édition 2025.
Quel est l’objectif des Sacoches du climat ?
L’objectif principal des Sacoches du climat est de transmettre des clés de compréhension claires et accessibles sur les enjeux liés au changement climatique et à la perte de biodiversité. On veut aider les élèves ainsi que le grand public à comprendre pourquoi ces phénomènes se produisent et quelles en sont les conséquences. On peut être accompagné de scientifiques de renom, comme d’artistes. Par exemple, un atelier artistique encourage les élèves à dessiner les conséquences du changement climatique et les solutions possibles. On vient aussi donner des idées d’actions en exposant des solutions individuelles et collectives.
Comment se déroule une édition des Sacoches du climat ?
En amont de nos visites, nous contactons les enseignantes et enseignants afin de préparer au mieux nos ateliers en fonction des connaissances des élèves, mais également des problématiques locales. Nous partons ensuite une dizaine de jours, selon les disponibilités des membres de l’association. Nous prenons le train avec nos vélos pour rejoindre les différents établissements des zones rurales. Nous allons à la rencontre d’élèves, de la primaire au lycée. Le plus souvent, on commence par une mini-conférence la plus pédagogique et la plus interactive possible sur le climat et la biodiversité. Ensuite, différents ateliers sont animés en binôme pour des groupes de 15 à 30 élèves. Nous touchons aussi le grand public en organisant des conférences le soir. Ce sont des débats et des ciné-discussions, par exemple autour de films sur l’agriculture et de son adaptation face aux changements climatiques. Sur place, on mange dans les cantines des établissements, on dort dans des gîtes, des internats et parfois au camping. Lors de l’itinérance 2025 dans les Hauts-de-France, nous avons fait 250km à vélo, rencontré 1100 élèves en journée et 150 adultes en soirée.
De quel soutien bénéficie l’association ?
La plupart d’entre nous avons la chance de recevoir le soutien de nos laboratoires respectifs qui reconnaissent et valorisent cette médiation scientifique. Pour la première édition en 2024, nous avons pu être missionnées et missionnés par nos laboratoires et bénéficier d’aides en répondant à des appels à projet. Quant à l’édition de 2025, nous avons été contactés par deux associations locales – À petits pas et Le foyer rural des 4 villages – qui ont fait des demandes de subventions locales. Cela a permis de pouvoir nous accueillir au mieux lors de nos passages dans les différents établissements.
Avez-vous des souvenirs marquants à partager ?
Enora : Je pense à notre passage récent dans une école primaire. C’était un challenge d’expliquer le changement climatique ! Les élèves avaient beaucoup de questions mais aussi beaucoup de répondant. Pour illustrer le réchauffement climatique, on a mis un manteau à un globe terrestre. Un des élèves nous avait notamment parlé de l’huile de coude comme étant l’énergie du futur, c’était un moment amusant.
Antoine : Lors d’une intervention dans un éco-lycée, nous avons rencontré le jardinier. Après 10 ans à tondre les espaces verts et utiliser des pesticides, il a décidé de se former sur de nouvelles pratiques de gestion des espaces verts. Avec les éco-déléguées et délégués, ainsi que l’équipe enseignante de Sciences de la Vie et de la Terre, il a réaménagé la cour du lycée. Des nids d’hirondelles ont fait leur retour, après de nombreuses années d’absence. Celles-ci ont permis l’arrivée d’une espèce d'orchidée sauvage, dont le seul autre spécimen n’est présent qu’à 40km du lycée. C’est notamment ce genre d’actions qu’on peut valoriser auprès des élèves d’autres établissements.